Livret

 

Je vous présente Eva,

Eva est grande comme toi ou toi, ou toi

Eva aime jouer, courir, danser, manger des bonbons et rigoler, rigoler, rigoler

Eva n’aime ni se faire gronder, ni être punie, ni attendre, ni rester trop longtemps sans bouger

Eva aime son papa, sa maman, son frère, ses tontons, ses tatas, ses cousins, ses copains, la maîtresse et surtout surtout sa grand-mère Hannah

 

Quand sa maman son papa lui disent :

« Eva, ce soir tu vas dormir chez ta mamie Hannah »

Eva ne se tient plus de joie!

Mais qu’a t’elle donc de spécial cette mamie là ?

Allons tout de go voir ce qu’il y a là-bas, chez mamie Hannah !

 

Mamie Hannah habite à Montmartre, c’est un quartier de Paris qui est comme un village où vécurent et vivent encore beaucoup d’artistes.

Il faut monter à pied tout en haut de l’immeuble pour pénétrer dans l’appartement d’où l’on voit tout Paris comme sur un plan !

Mais la vue intéresse peu Eva, ce qu’elle aime c’est l’intérieur magique du logement d’Hannah, il y a des tentures de velours, des beaux miroirs, des fleurs, et des photos partout sur les murs.

Parfois il semble à Eva que les personnages des photos, vêtus de leurs costumes de princesses et de princes, se mettent en mouvement, tels des fantômes.

 

Ce soir mamie Hannah a un drôle d’air en accueillant Eva, elle a toujours son sourire radieux sur son beau visage aux cheveux toujours très bien coiffés, en chignon parfait, mais Eva sent qu’il y a quelque chose de différent.

Quand arrive l’heure de se coucher Eva attend avec impatience que mamie Hannah lui lise une histoire, elle se cale sur l’oreiller tout doux, couverte du gros édredon léger comme une plume qui lui tient bien chaud.

 

Mais mamie Hannah ne s’assoie pas près d’elle avec un livre, elle pose sur ses genoux une boîte, une grosse boîte en carton, comme une boîte à chaussures.

Eva est très intriguée, décidément sa grand-mère est bien mystérieuse aujourd’hui !

 

De sa voix douce Hannah dit :

« Mon Eva chérie, ce soir j’ai quelque chose de spécial pour toi … »

Eva est prête à bondir dans son lit !

« C’est quoi, c’est quoi, c’est quoi mamie ?!

-reste tranquille ma belle, laisse moi t’expliquer »

Alors Eva se recale sur l’oreiller tout doux et écoute attentivement sa mamie.

 

« Quand je partirai Eva, je veux être sûre que cette boîte et ce qu’elle contient soient à toi

 

– tu vas partir mamie ?

– un jour, oui, il faudra que j’aille rejoindre ton papi Serge parmi les étoiles

– mais mamie tu as déjà été une étoile !

– c’est vrai, dit mamie en souriant, mais un jour je rejoindrai les autres au firmament et en attendant j’aimerais partager un morceau de ma vie avec toi…

– quand tu étais petit rat ? dit Eva en riant, car elle adore imaginer des petits rongeurs avec des collants et des tutus qui dansent à l’opéra, ça la fait rire à chaque fois !

– que tu es coquine Eva ! Mamie Hannah rit de bon cœur aussi !

Non cette fois c’est une histoire que je n’ai racontée à personne, sauf à ton papi

– même pas à ma maman ?

– non, je ne sais pas pourquoi, ce n’est pas un secret, mais je crois que dans mon cœur c’est comme un trésor que je voulais garder pour moi »

 

Eva est tout ouïe et retient son souffle quand mamie Hannah ouvre délicatement la boîte…

 

«  D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu être danseuse, murmure Hannah, quand j’avais ton âge, j’ai annoncé à mon papa et ma maman que ma décision était prise, je serai étoile, un point c’est tout !

Mes parents qui venaient de vivre des années très sombres pendant la guerre – mais ça c’est une autre histoire – voulaient plus que tout au monde que je sois heureuse et que je réalise mes rêves, j’étais leur unique enfant et ils m’ont soutenue dès le début.

J’ai donc préparé le concours pour entrer à l’école de danse de l’Opéra, et je suis devenue…

– petit rat ! s’exclame Eva en riant

– C’est bien ça, petit rat ! Répète Hannah en extirpant de la boîte des chaussons.

Voici pour toi ma première paire de chaussons de danse et ma première paire de pointes

-Hooooooo, chuchote Eva les yeux écarquillés

– j’ai grandi dans cette école, j’y ai rencontré très tôt ton papi Serge qui était si beau déjà, et qui semblait voler quand il dansait.

Et puis j’ai intégré le corps de ballet, j’ai commencé à danser dans de merveilleux spectacles, on rêvait de se marier avec Serge, mais j’avais le sentiment qu’il me manquait quelque chose, que j’étais comme « enfermée » dans la danse, qu’il fallait que j’aille voir ailleurs.

Alors j’ai fait une chose incroyable, que personne ne faisait à l’époque, j’ai demandé l’autorisation à l’Opéra et à mes parents de me laisser une année, une année rien qu’à moi, une année pour voyager et le plus incroyable, c’est que tout le monde a été d’accord, même ton papi Serge a trouvé que c’était une bonne idée !

 

J’avais une idée derrière la tête : je désirais parcourir le monde et partir à la rencontre d’autres danseurs, je voulais aller dans d’autres pays, d’autre continents pour voir comment on dansait loin de l’Opéra.

Mamie Hannah prend dans le carton un gros livre

– et c’est ce que j’ai fait, ajoute elle en ouvrant lentement le bel album de photos, j’ai commencé par m’envoler vers la Chine…

Eva se penche un peu pour regarder les clichés où figurent des danseurs merveilleusement costumés.

 

Mais soudain, que se passe-t-il ?

 

Eva se sent aspirée par les images, elle plonge dans la première page, incapable de résister, telle une plume emportée par le vent elle tourne, virevolte et atterrit au milieu d’une scène où des dizaines de danseurs habillés de soies brillantes et veloutées évoluent tels des anges, ils ne semblent pas la voir mais pourtant ne la bousculent jamais.

Ils dansent, dansent, dansent, tournent, tournent, tournent, de plus en plus vite, et la musique résonne de plus en plus fort. Eva essaie de comprendre ce qu’il se passe, elle essaie de crier mais aucun son ne sort de sa bouche.

Quand, tout à coup, apparaît en face d’elle, le visage tout prêt du sien, un enfant de son âge, vêtu comme les danseurs, qui lui dit en désignant quelque chose derrière elle:

« Si tu veux quitter la Chine, tourne la page, vite, tourne la page »

 

Eva se retourne et voit le coin de la scène qui se soulève, elle court dans cette direction, saute dans le vide.

 

A nouveau elle se sent aspirée, toujours incapable de résister, telle une plume elle tourne, virevolte et atterrit au milieu d’une scène où des dizaines de danseurs habillés de voiles légers et de bijoux faits de milliers de pièces dorées se meuvent voluptueusement, ils ne semblent pas la voir mais pourtant ne la bousculent jamais.

Ils dansent, dansent, dansent, tournent, tournent, tournent, de plus en plus vite et la musique résonne de plus en plus fort. Eva ne comprend vraiment pas ce qu’il se passe, ses cris restent sourds encore et toujours.

 

Quand, tout à coup, dans un sursaut, elle se retrouve face à un enfant de son âge, vêtu comme les danseurs, son visage tout prêt du sien, qui lui dit en désignant quelque chose derrière elle:

« Si tu veux quitter le Moyen-Orient, tourne la page, vite, tourne la page »

 

Eva se retourne et voit le coin de la scène qui se soulève, elle court dans cette direction, saute dans le vide.

 

Une fois de plus elle est comme aspirée, ne pouvant résister, elle tourne, virevolte et atterrit au milieu d’une scène où des dizaines de danseurs habillés d’étoffes multicolores et satinées se déplacent en rythme avec élégance et précision, mais aucun ne la voit pourtant ils ne la bousculent jamais.

Ils dansent, dansent, dansent, tournent, tournent, tournent, de plus en plus vite et la musique résonne de plus en plus fort.

Eva commence à comprendre ce qu’il se passe, elle n’essaie plus de crier et n’est pas surprise quand un enfant vêtu comme les danseurs se plante devant elle et lui annonce en désignant le coin de la scène :

 

« Si tu veux quitter l’Inde, tourne la page, vite, tourne la page »

 

Cette fois Eva veut tenter autre chose, mais, mais, mais, impossible, le coin de la scène se soulève et la chute est inévitable, elle tourne, virevolte et atterrit au milieu d’une scène où des dizaines de danseurs habillés de Wax bigarré et chatoyant frappent le sol de leurs pieds nus dans une danse rythmée et sensuelle.

Sans la voir ils dansent, dansent, dansent, tournent, tournent, tournent, de plus en plus vite et la musique résonne de plus en plus fort mais ils ne la bousculent jamais.

 

Eva se tient prête, quand l’enfant habillé comme les danseurs lui fait face, ouvre la bouche et commence à prononcer : « Si tu veux quitter l’Afrique, tourne… », elle lui coupe la parole et dans un murmure lui dit : « Non, je veux sortir de l’album s’il te plaît ! »

Alors la musique résonne encore plus fort, les danseurs se déchainent et l’enfant répond :

« Attrape l’étoile, tu dois attraper l’étoile »

Eva regarde de tous les côtés, elle ne voit aucune étoile

« Attrape l’étoile, tu dois attraper l’étoile » répète l’enfant qui s’éloigne inexorablement

Eva a envie de pleurer « Quelle étoile, où est-elle cette étoile ? »

 

Subitement elle sent une grande main qui attrape la sienne, des doigts longs et fins serrent ses petits doigts, elle ressent un grand soulagement, pousse un gros soupir et cligne des yeux.

Tout près d’Eva il y a mamie Hannah, elle lui tient la main, la regarde avec un sourire un peu inquiet.

Une odeur de pain grillé et de café flotte dans l’appartement…

 

« Ma petite Eva d’amour, mon étoile à moi, je suis désolée, je crois que je t’ai perturbé avec mes histoires assommantes, tu t’es endormie quand je te montrais mes photos et j’ai le sentiment que tu as fait des cauchemars cette nuit.

– Ho mamie, j’ai eu peur, oui, mais c’était magique, j’ai vu des choses incroyables, entendu des musiques merveilleuses, quand je serai grande, je ferai le tour du monde!

– je te souhaite de réaliser tous tes rêves les plus beaux et les plus fous ma princesse, mais pour l’heure il est essentiel de partager… notre petit-déjeuner!